C’est fini!

décembre 16, 2015 / Devin McCarthy, Association canadienne de l'électricité

Samedi dernier, à 19 h 30, après 13 jours de négociations intensives, l’Accord de Paris sur le climat a été approuvé par l’ensemble des 195 Parties. Ce document orientera le travail de collaboration et les mesures à prendre en lien avec les changements climatiques à l’échelle planétaire au cours des 10, 20 et 30 prochaines années. Le texte complet peut être consulté ici.

L’Accord est ambitieux, en particulier si l’on tient compte des taux actuels d’émissions de GES et du fait que le réchauffement planétaire a déjà atteint 1 °C. Les Parties s’engagent à établir un cadre mondial visant à :

  1. contenir l’élévation de la température de la planète nettement en dessous de 2 °C;
  2. poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C;
  3. parvenir au plafonnement mondial des gaz à effet de serre dans les meilleurs délais;
  4. parvenir à une neutralité carbonique au cours de la deuxième moitié du siècle;
  5. renforcer les capacités d’adaptation aux effets néfastes des changements climatiques et promouvoir la résilience à ces changements;
  6. promouvoir un développement économique à faible émission de gaz à effet de serre.

 

Pourquoi maintenant? Pourquoi avoir attendu la Conférence de Paris de 2015 pour parvenir à un véritable accord mondial? Pourquoi pas à Copenhague en 2009 ou à Kyoto en 1997? Plusieurs aspects ressortent de cette Conférence.

Premièrement, le changement climatique est un phénomène que tout le monde reconnaît aujourd’hui. Les jeunes générations demandent à ce que des mesures soient prises en faveur du climat et les enquêtes d’opinion montrent que les anciennes générations abondent également de plus en plus dans ce sens. Le changement climatique est devenu un problème profond et récurrent. Les dirigeants politiques réagissent donc en conséquence.

Deuxièmement, la différence de coût entre les options à forte empreinte carbone et les options à faible empreinte carbone s’amenuise. Efficacité énergétique, économies de carburant, énergies renouvelables, techniques agricoles : toutes ces techniques et ces technologies, et bien d’autres encore, ont fait de l’économie à faible empreinte carbone une option viable.

Ce qui nous amène à notre troisième point, le plus fondamental de tous : un consensus mondial vient d’émerger, selon lequel il est aujourd’hui moins coûteux de lutter contre les changements climatiques que d’en payer les répercussions plus tard. 195 pays se sont rendus à Paris dans le but de s’engager en faveur de l’atténuation des changements climatiques en dehors de tout intérêt national, du moment que tout le monde prenait part aux négociations. Bien sûr, tandis que les Parties cherchaient à réduire leurs coûts au minimum et à maximiser leurs avantages, nous avons eu droit aux belles formules et aux grands discours habituels. Néanmoins, au bout du compte, l’accent mis sur l’établissement de mécanismes solides de vérification et de suivi visant à prévenir l’apparition de bénéficiaires sans contrepartie a suffi à sceller l’accord.

Les dirigeants politiques ont exprimé leur ambition à l’échelle mondiale, mais c’est à l’industrie qu’il revient maintenant d’accréditer la thèse selon laquelle une économie à faible empreinte carbone est possible, et ce, sans contraintes excessives sur les citoyens moyens. Lors de son allocution prononcée peu après la conclusion de l’Accord, le secrétaire d’État des États-Unis John Kerry a déclaré que cet Accord envoyait un message fort aux marchés mondiaux, à savoir que le développement économique allait dorénavant de pair avec davantage de pratiques durables. Les dirigeants d’entreprise, les investisseurs et les entrepreneurs ont été sommés de transformer cette ambition en actes concrets.

Le premier ministre Justin Trudeau rencontrera les premiers ministres des provinces dans les 90 prochains jours (c.-à-d. avant le 11 mars) afin de poursuivre l’élaboration de la stratégie canadienne. L’une des priorités absolues pour le secteur de l’électricité est de comprendre de quelle manière le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux « mettront en œuvre » cet accord mondial dans les semaines et les mois à venir. En d’autres termes, i) quels seront les objectifs fixés?; ii) quels angles d’approche seront adoptés pour atteindre ces objectifs? et iii) comment garantir la mobilisation et la consultation de l’industrie, des ONG et de la population canadienne? L’électricité est, sans conteste, une partie de la solution qui permettra de lutter contre les changements climatiques au Canada. Nous continuerons notre travail, mais nous devrons trouver un équilibre entre la lutte contre les changements climatiques et la production d’une électricité sûre, fiable et abordable pour les Canadiens.

Bien souvent, les approches multilatérales échouent. Il est rare que toutes les nations parviennent à s’entendre sur une déclaration d’intention, et plus rare encore qu’elles en viennent à conclure un accord ambitieux de 11 pages juridiquement contraignant. Les négociateurs et les organisateurs français sont fiers, et ils peuvent l’être. Ils l’ont mérité. Mais il reste encore beaucoup à faire.

Prochaines étapes et dates clés

  • Justin Trudeau s’engage à convoquer une Rencontre des premiers ministres pour donner suite à cet Accord. La rencontre aura lieu d’ici le 11 mars 2016.
  • L’Accord devra être signé par les pays entre le 22 avril 2016 et le 21 avril 2017.
    • Une grande cérémonie de signature se tiendra le 22 avril 2016.
  • L’Accord prendra effet seulement lorsqu’il aura été ratifié par les 55 pays émettant au moins 55 % des émissions mondiales de GES.
  • Les contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN) deviennent des contributions déterminées au niveau national (CDN) et prendront effet en 2020.
  • Les Parties peuvent soumettre des CDN encore plus ambitieuses à tout moment et sont encouragées à le faire avant 2020.
  • Les Parties sont invitées à fournir leurs plans d’atténuation des émissions de GES pour le milieu du siècle d’ici 2020.
  • En 2023, la COP dressera un bilan des émissions mondiales de GES afin de mesurer les progrès réalisés. En outre, ce bilan servira de base aux mises à jour des CDN de 2025.
  • Les Parties mettront à jour leur CDN tous les cinq ans à partir de 2025.